La descente du coude
Nos jeunes années ont été passées dans un douteux mélange de réalité et de fiction. Petits garçons manipulant des figurines militaires pendant qu’un peu plus loin au sud se déroulaient de vraies guerres, nous laissions notre imagination dériver sur des trames inconnues de vérité.

On se délectait à l’idée de passer nos matinées de fin de semaine devant le p’tit écran, à s’émerveiller devant les acrobaties de lutteurs délirants, la force terrifiante d’André le Géant, la malice des frères Rougeau, les exploits déchirants d’Hulk Hogan… Normand préparait déjà son entrée cinglante à la batterie en cognant les trois coups au tapis à chaque fois que son favori, le trapu Dino Bravo, triomphait devant l’ennemi. Plus loin en campagne, André-Guy incantait l’Ultimate Warrior de tous ses poumons. Lui qui trônait au sommet des câbles, masqué aux couleurs de divinités oubliées, incarnait l’image spectaculaire d’un conflit qui emplissait déjà l’air d’Oka. Des barricades et des cagoules, on passait facilement aux engueulades et aux coups de boule.

P-O, lui, travaillait ses oreilles à agencer les basses fréquences en écoutant les sons sourds produits par Yokozuna laissant choir sa masse éléphantesque sur l’adversaire. Quant à moi, je criais à la vue du regard morbide de l’Undertaker, à la fois effrayé et fasciné. Hypnotisé par cette force sombre émanant de ma télé, je devenais à mon tour une réplique de ce mort-vivant. Puis clic, la boite s’éteignait et la vie réelle reprenait.

Le temps a passé et la réalité nous a rattrapé. Les combats qui prenaient la forme de jeu ont été affectés d’enjeux sérieux. Il y a vraiment toutes sortes de luttes qui se mènent dans de multiples aspects du quotidien, mais elles ont perdu toute leur dimension ludique. Il fallait donc recréer cet espace idyllique de rêve tout en tentant de le conjuguer au concret du vivant, redonner espace à l’imaginaire d’enfants tout en défiant l’ordre mondial s’oxydant. Et quoi de mieux que de synthétiser l’idée d’un marteau-pilon dans la matière terrible d’un solide rock? Boom! L’impact provoqué par l’union de ces quatre catcheurs-musiciens venait fracasser la morosité ambiante. Attaques mélodiques et dissonantes à la fois, comme la souplesse d’un pieds à la figure se mêle à la force de celui qui l’assure. Musique de lutte en fête qui réfute le mal d’être.


Simon Leduc: Voix, guitares
André-Guy Nichols: Guitares, voix
Pierre-Olivier Gratton: Bass, voix
Normand Desrochers: Batterie
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Vidéos
Coup de foudre - CD
Le collectif punk rock La descente du coude frappe un autre grand coup avec son deuxième, Coup de foudre. Trois ans après L’indécence du coup, le chanteur Simon Leduc et ses partenaires de catch reviennent avec des mélodies plus pop et un son plus soigné (à souligner, la coréalisation de Marc-André Beaudet). Bien que les fans de la première heure puissent être surpris par ces instrumentations moins nerveuses, ils retrouveront toutefois-et avec joie- une nouvelle collection de textes toujours aussi poétiques que conscientisés signés par Leduc (dont "Tourlou Moscou" qui devrait faire un tabac sur les radios alternatives québécoises). (ICI Montréal)
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