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Bertrand Belin - Persona
«Petit à petit, l’oiseau fait son bec, dit "Bec", qui ouvre Persona. Et quand vient le soir/ Qui vient à coup sûr/ Il veut avoir dit quelque chose». Faire sens, en somme. Et aussitôt, le doute: «A-t-il eu le temps seulement / Est-il un volcan dormant?»  En une phrase, surgie des douces nappes de synthétiseur, cette chanson courte se tend comme un arc, sur un risque d’implosion. «On annonce un été/ de canadairs/ de ciels embrasés de canadairs», enchaîne la ballade hobo «Glissé redressé». L’apocalypse, en somme, mais qui finit dans une envolée de violon pleine de promesses, «Je me suis redressé/ Dans la tombe marine de Portbou/Dans la rose blanche de Corfou/Fin du sable sale/ Fin des tessons/ Fin de ma faim d’animal/ Fin de maudire les saisons». Tout Belin est là, dans cette tension entre dire et taire, dans cette danse entre se colleter le réel et le torpiller par la poésie, dans cette transe entre les faits et le fou, le dur et le doux, l’épure et l’épique, le sanglot et le swing. C’est avancer sur une ligne de crête.   

Persona n’est pas une chanson de l’album mais le rassemble, le lie. Persona embrasse. Mais quoi, mais qui? Comme toujours chez Bertrand Belin, on entrevoit des solitudes, des ruptures, des départs, des déclassements, thèmes totémiques. «Je n’ai pas envie d’enfermer mes chansons, leur ambiguïté est volontaire, dit Belin. Mes personnages ne sont jamais déclarés, ils flottent dans un monde sans vrai rebord, on ne sait pas leur âge, leur sexe, comment ils sont habillés, à quelle société ils appartiennent». Seule certitude: il est des leurs. Persona est une arborescence de vies sur le fil ou «Sur le cul», reliées par une attention fraternelle à l’humain qui vacille. Il n’est parfois que deviné, fragile point rouge qui danse la nuit dans les collines: «Il faut que cela soit quelqu’une ou bien quelqu’un/ Qui suit un sentier/ Quelqu’un de transi/ Quelqu’un qui fuit/ Qui cherche un pays/ Pour vivre/ Vivant/ De corps et d’esprit».
1. Bec
2. Glissé redressé
3. De corps et d'esprit
4. Bronze
5. Grand duc
6. Choses nouvelles
7. Sous les lilas
8. Sur le cul
9. Camarade
10. Vertical (Dindon)
11. Nuits bleues
12. L'Opéra
13. En rang (Euclide)

Crédits :
La voix est tenue, contenue, mais guitares, claviers (Thibault Frisoni) et batterie (Tatiana Mladenovitch) sonnent l’alarme, l’urgence. On a l’impression de voir un gyrophare, et avec «Bronze» d’entendre une sirène: enregistré à Montreuil, en bordure de Paris, mixé par Nicolas Delbart, Persona a de fait, tout du long, une amplitude de sons qui décuple la précision des mots, leur donne chair.